Interview de Christian Gicquel, enseignant MBSR, sur la méditation de pleine conscience

Aujourd’hui, je retrouve Christian Gicquel autour d’un bon café, dans l’ambiance tamisée d’un grand hôtel, pour discuter de méditation et de pleine conscience. Christian enseigne la méthode MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction), une méthode de réduction du stress (et plus globalement, de gestion de ses émotions et sensations) basée sur la méditation de pleine conscience.

Christian, comment as-tu découvert la méditation ?

C’était il y a une vingtaine d’années, un peu par hasard. A l’époque, je travaillais en entreprise, j’étais un peu stressé, et j’avais pas mal de petits problèmes d’ordre physique. Je cherchais une pratique qui m’aiderait dans mon quotidien, et je suis tombé sur un article sur le Qi gong, qui m’a énormément parlé. J’ai commencé à pratiquer, avec l’intuition que ça pouvait m’apporter beaucoup, et c’est par l’intermédiaire du Qi gong que j’ai découvert la méditation (taoïste, dans un premier temps).

Petit à petit, j’ai pu observer que la pratique du Qi gong et de la méditation me permettaient de prendre en main ma propre santé ; je voyais mes problèmes physiques s’atténuer, c’était une grande découverte pour moi. Et puis, je me suis aperçu que ça m’apportait aussi beaucoup de façon générale, sur le plan psychologique, sur le plan énergétique. C’est grâce à cette observation, à ce ressenti, que j’ai poursuivi mon chemin dans le Qi gong et dans la méditation.

Avec le recul, je peux dire que la découverte du Qi gong et de la méditation a radicalement changé ma vie. Pour autant, cela n’a pas été une révélation immédiate ; cela s’est plutôt fait dans la durée, et c’est devenu pour moi, au fur et à mesure des années, un art de vivre.

Quel a été ton parcours de la découverte de la méditation à l’enseignement de la méthode MBSR ?

Un jour, bien avant l’arrivée en France des pratiques MBSR, j’ai découvert un livre autour de la pleine conscience, qui m’a extrêmement intéressé et m’a vraiment donné envie d’aller approfondir. C’est là que j’ai découvert l’approche de Jon Kabat-Zinn, une approche de conscience de soi et de méditation qui se pratique dans une perspective laïque. J’ai commencé à creuser, à lire énormément, à m’intéresser de plus en plus à cette méditation de pleine conscience, jusqu’à suivre une retraite en 2008. Suite à ce stage intensif, je n’ai eu de cesse de me demander comment je pouvais moi-même diffuser et participer à une meilleure connaissance de cette pleine conscience, dont je savais pertinemment qu’elle portait ses fruits, puisque je l’avais expérimenté. Le chemin s’est fait naturellement, j’ai fait quelques recherches puis je suis allé me former à l’enseignement MBSR au CRMP ( Center for Mindfulness Research & Practice) de l’Université de Bangor –Pays de Galles, puis au CFM ( Center for Mindfulness in Medicine, Health Care and Society) de l’Université du Massachussetts aux Etats-Unis.

Beaucoup d’idées fausses circulent autour de la méditation, on parle de « bloquer ses pensées », « faire le vide », « se relaxer »…Quelle est ta définition de la méditation de pleine conscience ?

La pleine conscience, c’est porter son attention sur le moment présent, sans jugement de valeur, avec bienveillance et avec curiosité, c’est être conscient de ce que je fais au moment où je le fais, être conscient de ce que je dis quand je le dis. Il ne s’agit surtout pas de faire le vide (c’est mission impossible), ni de chercher à se relaxer.

Être dans la pleine conscience, c’est finalement toujours revenir à l’attention portée à soi-même, à ses sensations. C’est à la fois simple et en même temps pas toujours facile, parce que les forces qui nous entraînent dans nos automatismes, ou dans nos routines, sont extrêmement importantes. Mettre de la pleine conscience dans son quotidien permet d’éviter d’être entraîné dans le non-conscient, dans l’inconscient, dans l’automatisme.

Quels sont les bienfaits auxquels on peut s’attendre en pratiquant la méditation de pleine conscience ?

Si je suis venu à cette pratique de la pleine conscience et à l’enseignement MBSR, c’est parce que moi-même j’en ai grandement bénéficié, à tous les niveaux et dans tous les aspects de mon existence : sur le plan physique tout d’abord, puis sur le plan intellectuel et sur le plan psychologique. Ça n’a pas tout résolu, mais ça a été une aide considérable. Pour moi, la pleine conscience est un terreau, un apport nourricier pour tous les autres aspects de ma vie. Ça permet d’atténuer peut-être les « souffrances » de la vie, mais aussi d’amplifier ou de prendre conscience des petits bonheurs que nous apporte la vie. La méditation permet d’avoir une vie plus riche, plus pleine, plus entière. 

Je pense que la méditation aide aussi à trouver son propre chemin. Revenir à soi permet de revenir à son propre désir profond, ou en tout cas au plus près de soi, et d’être peut-être un peu moins dépendant du désir des autres ou de la société. La méditation peut nous ramener au plus près de nous- même et donc nous aider, peut-être, à un peu mieux naviguer dans la vie, à un peu mieux nous déterminer par nous-même. 

Les gens peuvent se demander comment l’attention peut produire de tels effets, et c’est tout l’enjeu de la pratique de la méditation. On peut en parler de manière théorique, mais tant qu’on n’a pas pratiqué, c’est difficile à percevoir. J’invite vraiment les personnes qui s’y intéressent à expérimenter, à essayer, à pratiquer. A partir de là, on peut se rendre compte, observer, voir, ressentir ce que cela apporte.

Bien sûr, il faut une motivation première pour commencer, par exemple « je me trouve stressé et j’ai envie de réduire ce stress », mais en même temps, la pratique de la méditation nous invite à faire quelque chose de gratuit, et qui peut nous apporter beaucoup. C’est assez paradoxal.

Justement, c’est ce que je trouve frustrant avec la méditation. D’un côté, on nous vend son pouvoir de transformation considérable ; de l’autre, on nous met en garde sur le fait qu’il ne faut pas méditer en cherchant à atteindre un certain état ou résultat. Comment on gère ça ?

Je sais que c’est une difficulté, car on parle beaucoup des effets de la méditation ; tous les journaux en parlent. Or, il faut remettre la méditation à sa place: oui, c’est intéressant et cela apporte des bienfaits, mais attention de ne pas en faire quelque chose de miraculeux, parce que cela exige une constance, un engagement, parce qu’il y a des exigences et que les choses n’arrivent pas d’un coup de baguette magique. On oublie trop souvent de dire que la méditation n’a d’effets que si on la pratique. Nous évoluons dans un monde de l’immédiateté, où il suffit de claquer des doigts pour obtenir quelque chose. Là, dans la méditation, on est vraiment invité à autre chose: on est invité à s’assoir, à ne rien faire, à ÊTRE, et c’est clair qu’il peut y avoir un décalage entre nos attentes du départ, et le fait de se retrouver assis sur un coussin. En même temps, si on a cette patience, cette envie, cet engagement, très vite on peut se rendre compte des bienfaits. On sent que ça chemine, et ça c’est une indication qui peut nous inciter à poursuivre. Pour certains, c’est une révélation, pour d’autres ce sera une transformation un peu plus lente, plus souterraine, plus durable aussi peut-être. L’expérience de chacun est différente.

Aujourd’hui, à quoi ressemble tes journées, en matière de pratiques méditatives?

Ma 1ere activité, quand je me lève, c’est de méditer. C’est systématique, c’est une nécessité  et un désir. Je ne peux pas ne pas méditer. Je fais une méditation assise la plupart du temps, qui peut varier de 30 à 45 minutes. Si j’ai un peu plus de temps, je prolonge par un peu de yoga. Ensuite, si j’ai un moment de libre dans la journée, il peut m’arriver de faire un scan corporel. Mais surtout, la journée, je fais des pauses, parce que faire des pauses, c’est de la méditation, un peu différente, informelle.

La pleine conscience, on peut l’appliquer et la pratiquer à tout moment de la journée.

Tu es également coach. Utilises-tu la méditation dans tes accompagnements ?

Je ne parle jamais de méditation, parce que je ne suis pas là pour vendre une méthode, quelle qu’elle soit. En revanche, je demande toujours aux personnes que j’accompagne d’être dans l’attention portée à soi ; je vais leur proposer par exemple de se poser, de se recentrer sur leur respiration, pour pouvoir faire un sas avec la vie ordinaire, et pour pouvoir se concentrer sur le moment de relation privilégiée qu’est la relation de coaching.

En ça, la pleine conscience est une approche, une philosophie, un art, qui est extrêmement utile, parce que non seulement, c’est un terreau favorable à l’éclosion de quelque chose dans la relation, mais aussi pour soi en tant qu’accompagnant, pour éviter de plonger, d’être submergé par la souffrance ou les difficultés de l’autre. Et puis, évidemment, la pleine conscience amplifie l’écoute de l’autre. Ça n’a que des bénéfices, mais je n’en fais pas un outil. D’ailleurs, je n’aime pas le terme d’outil; je préfère parler d’approche, une approche nourricière, un terreau qui va aller irriguer, nourrir nos autres pratiques.

Quels sont tes conseils pour quelqu’un qui souhaite découvrir la méditation ? Comment commencer ?

Tout ce qui permet d’y accéder est bon. En France, et en particulier à Paris, il y a quand même beaucoup d’endroits où l’on peut découvrir la méditation aujourd’hui. On peut simplement y aller, en toute curiosité, et essayer sans s’engager. Il y a aussi des applications qui sont très bien pour découvrir la méditation, mais en même temps, s’il n’y a pas de lien avec une personne, c’est un peu difficile au départ. Je pense que la relation avec un enseignant facilite quand même le démarrage, parce qu’on a immédiatement la réponse aux questions que l’on se pose.

Parlons de bonheur. Es-tu un homme heureux ?

Là, en ce moment, à l’instant T, je me sens bien. Dans 10 minutes je serai peut-être moins heureux, je ne sais pas…J’ai toujours du mal à prononcer ces termes de « bonheur » ou « être heureux », mais oui, globalement je suis plutôt heureux, plutôt chanceux. Je considère que j’ai une vie riche. Pour moi, être heureux peut venir de plusieurs horizons, il n’y a pas que la méditation: les rencontres, la lecture, la musique, l’art en général, m’alimentent et contribuent à me rendre heureux. Aller voir une expo de peinture, écouter de la musique, ce sont pour moi des richesses, des choses extrêmement importantes, et je ne pourrais pas vivre sans ça.

Quelles sont les lectures qui t’ont marqué, t’inspirent, te boostent ?

J’aime beaucoup la littérature. J’aime la littérature française, russe, américaine, mes goûts sont plutôt éclectiques.  Les livres m’ont beaucoup aidé dans la vie, ce sont des compagnons. L’œuvre de Proust notamment m’a beaucoup marqué et sa lecture m’a véritablement été salutaire à un moment de ma vie.

En ce moment, je lis « Par-delà nature et culture » de Philippe Descola, « Il n’y a pas d’amour parfait » de Francis Wolff et puis un thriller, : « La fille du train » de Paula Hawkins. Sinon, récemment j’ai lu et beaucoup aimé l’auteur américain Jim Fergus.

Où peut-on te retrouver pour méditer ?

J’anime assez régulièrement des initiations de méditation de pleine conscience en entreprise. Sinon, le prochain programme MBSR commence en Janvier 2017, chez Qee.

Pour en savoir plus sur le programme MBSR, c’est par ici.

Plus d’informations sur les activités de Christian sur www.alteremergences.fr

Merci Christian pour ce partage!

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