Le Bonheur avec un grand B est une pure illusion

Je l’ai cherché, analysé, disséqué, fantasmé. Je l’imaginais comme une contrée lointaine, comme un paradis sur Terre, auquel on accède une fois pour toutes, après un peu de travail d’introspection. On pousse la porte et hop !, on est HEU-REUX pour la vie. J’envisageais le Bonheur comme un état permanent qu’il me fallait atteindre à tout prix. Alors je cherchais inlassablement l’accès pour y entrer moi aussi. Puis, petit à petit, en lisant, en échangeant surtout avec des personnes qui ont un peu plus d’expérience de vie, j’ai réalisé : le Bonheur avec un grand B n’existe pas. C’est une pure illusion. Un truc qui nous a été inculqué depuis tout petit, avec les contes de notre enfance et le fameux « ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Quelle mascarade.

C’est plus complexe, et plus simple à la fois.

Plus complexe, car non, ce n’est pas un truc qui va nous tomber tout cru dans le bec et y rester pour toujours. Il n’y a rien de définitif, rien d’absolu, rien de catégorique, et il nous appartient de le (re)conquérir en permanence. Il y a des hauts, des bas, des jours pétillants, et beaucoup d’autres dont on ne se souviendra même pas à la fin de notre vie. C’est comme une tarte au citron meringuée, un délicat équilibre entre sucré, acide, croquant, fondant. Trop de sucre et cela devient écœurant, trop d’acidité et c’est immangeable.

C’est plus simple aussi, car du coup, le fait de comprendre tout ça fait sacrément retomber la pression. Ça veut dire que c’est OK d’avoir une journée pas terrible, que c’est OK de traverser une période d’incertitudes, que c’est OK de tenter quelque chose et de se planter. Que tout ne peut pas être merveilleux et rempli d’étincelles tout le temps. Que tout n’a pas besoin d’être parfait.

Finalement, à la fin d’une journée « normale », sans trop de hauts ni de bas, qu’est-ce qui fait pencher la balance d’un côté ou de l’autre ? qu’est-ce qui fait que notre journée aura été bonne ? que nous aurons été heureux ?…Et si c’était notre capacité à apprécier les petites choses, celles qui ne font pas de bruit ?…Encore faut-il parvenir à les percevoir, ces petites choses, car elles sont plutôt discrètes; elles arrivent sur le bout des pieds, sans fanfare ni lâcher de ballons. Dans le brouhaha de nos quotidiens, il faut vraiment le vouloir pour les reconnaître, les sentir, et les apprécier. Comment les repérer et ne pas les laisser filer ?

Nous ne sommes pas tous égaux face à cette capacité. En ce qui me concerne, c’est même loin d’être inné. Mon naturel me pousserait plutôt à voir systématiquement le verre à moitié vide. Mais j’y travaille, notamment grâce à un petit exercice au pouvoir de transformation étonnant. Inspiré par « 3 kifs par jour » de Florence Servan-Schreiber, il consiste, le soir,  à écrire dans un carnet 3, 4, 5 moments de la journée où l’on s’est senti heureux/reconnaissant/particulièrement vivant/rempli de gratitude. Dans mon cas, ce sont ces instants où je me dis à moi-même « mmmh », « profite!! », « que c’est beau » ou encore « j’ai de la chance ». Il peut s’agir d’une émotion très courte qui me traverse, ou d’une activité prolongée qui me captive. Il n’y a pas vraiment de règle, si ce n’est que ce moment ait été source d’une émotion positive, de plaisir, de bien-être, de bonheur.

Les premiers soirs, on se demande bien ce que l’on va pouvoir inscrire dans son carnet, et péniblement, on arrive à trouver 2-3 trucs un peu tirés par les cheveux.

Les jours suivants, on est plus attentif à ce que l’on vit et à la « qualité » de notre expérience au cours de la journée, et l’on se réjouit à chaque fois que l’on repère une petite chose que l’on pourra écrire dans son carnet le soir.

Puis, plus les jours passent, plus on est inspiré. C’est assez étonnant, mais on a petit à petit l’impression de vivre de plus en plus de moments positifs. Avec la pratique, les choses que l’on reporte dans son carnet deviennent aussi de plus en plus subtiles, presque insignifiantes au premier abord. Aujourd’hui par exemple, j’ai adoré attendre le RER, parce que j’étais au soleil, que j’ai fermé les yeux et que je l’ai laissé me réchauffer le visage.

Mais surtout, sur le long terme, ce petit rituel anodin en apparence nous amène, je crois, à ressentir plus intensément, car il nous permet de prendre conscience de tous ces instants au moment-même où nous les vivons, et non plus uniquement au moment de les inscrire dans le carnet. Et être conscient de ces ressentis quand ils nous traversent, ça les décuple, ça les amplifie, ça leur donne plus de profondeur, comme un exhausteur de goût.  Depuis que je pratique, il m’arrive de temps en temps de me sentir, un court instant,  envahie par le sentiment d’avoir tellement de chance, ou encore submergée par une vague d’amour. C’est en général très fugitif, mais tellement puissant. Je ressens les choses et je les apprécie avec plus d’intensité. Juste en m’exerçant à faire un peu plus attention.

Poser tous ces instants de magie à l’écrit, c’est les figer, les immortaliser, et se créer un petit réservoir interne où piocher en cas de besoin.

J’ai décidé de ne plus jamais utiliser de majuscule au mot « bonheur », et de remplacer ma quête du big B. par encore plus d’attention portée aux petits bonheurs, de les cultiver, de les multiplier. Et de continuer, encore, à kiffer attendre le RER au soleil.

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